Le Sud de l’Essonne vu par Alex de La Forest-Divonne

Je me souviens : une route goudronnée au milieu de la forêt m’a marqué. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à sentir le chemin, celui qui fait le tour de l’Île-de-France. Je l’ai commencé il y a plusieurs années, et je ne l’ai pas encore terminé.

par | 27 juillet 2018 | Portfolio, Voyager

La traversée du sud de l’Essonne à pied. Juin 2018. Lorsque je suis parti, je n’avais pas envie d’écrire. C’est difficile d’écrire après coup, mais maintenant en voyant les photos, je me souviens : une route goudronnée au milieu de la forêt m’a marqué. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à sentir le chemin, celui qui fait le tour de l’Île-de-France. Je l’ai commencé il y a plusieurs années, et je ne l’ai pas encore terminé. Ça ne veut rien dire « terminé », je suis toujours en chemin. L’Essonne est un grand département, qui a son identité, mais qui est lointainement absorbé par l’agglomération parisienne. Le sud du département est un milieu agricole, avec ses villages, ses églises, ses châteaux, des maisons simples ou bourgeoises. On trouve par endroits le même type de sol que du côté de Fontainebleau, avec la terre sableuse et les rochers. C’est bucolique, Certains construisent la maison de leurs rêves, avec les moyens disponibles. Il y a des cabanes, des abris de toute sorte, des clôtures qui protègent les terrains des bêtes, en particulier des sangliers. En tant que marcheur, nomade, je doute parfois de notre manière de se construire en opposition à la nature et des règles arbitraires de la propriété, du découpage de nos différentes zones de vie. Je ressens une certaine tendresse ou tristesse vis-à-vis de cet effort à construire ce que la nature s’acharne à reprendre. Je ne peux m’empêcher de savourer la victoire de la vie sauvage. Plus loin les foins sont protégés, la ferme nourricière est fantomatique dans cette agriculture proche de l’industrie. Les ruelles subsistent entre les hauts murs des jardins choyés. Le puits donne-t-il encore de l’eau ? La poste passe-t-elle encore ? Une figure voûtée passe dans le champs. Il y a du vert et du marron, du gris aussi. Il y a des routes qui ne mènent nulle part, des carcasses de fer qui mettent du temps à être digérées. La chasse organise la forêt. Il y a du rouge et du vert. Bientôt, ici, une nouvelle maison, dans un décors de carte postale, en bordure de forêt. Les services publics suivront-ils ? Mon chemin passe près d’un lampadaire, d’une route, d’un camion. Construction ? Démolition ? Abandon ? Nouvelle vie ? Le train nous relie à Paris, mais je préfère dormir dans les bois. Je vois de l’essence pour les tronçonneuses, des pesticides pour les champs. Des gens essayent de se cultiver, de se souvenir, de composer avec l’artificialisation des sol, l’industrie, la compétitivité, le développement, les nouveaux bâtiments à louer sur la route Nationale 20. Rejoignons vite la forêt et les abeilles menacées. Le voyage continue…
Photos Alexandre de La Forest-Divonne.
Photos Alexandre de La Forest-Divonne.

Alex de La Forest-Divonne

Alex de La Forest-Divonne est un photographe, dont nous avons tout de suite adoré l’univers et le regard qu’il porte sur la vie quotidienne, les personnes qu’il rencontre ainsi que le rapport particulier qu’il a avec les paysages et l’architecture, que ce soit à la ville ou à la campagne.

Son oeil, dans ses « Territoires photographiques », nous obligent à voir différemment l’environnement pour lequel, parfois, nous ne faisons plus attention. Cette redécouverte sont des incitations au voyage qui nous invitent à mieux comprendre notre environnement urbain ou rural. Ses photographies, sont des incitations au voyage, pour une meilleure compréhension des territoires et des villes, montrant les bénéfices d’une nature protégée et d’une ouverture au monde. Comme photographe, il aime se laisser séduire par l’histoire et la géographie des lieux, des chemins, des villages et du patrimoine.

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