Jean Boggio et Pinton Manufacture & Édition

Jean Boggio et son oeuvre Pietra Dura réalisée par Pinton.

Dans la plus pure tradition du travail à quatre mains d’Aubusson entre cartonniers et lissiers basse-lisse, Jean Boggio, artiste-artisan polymorphe, collabore avec Pinton Manufacture & Édition à la suite d’artistes comme Calder, Delaunay ou Le Corbusier.

Pinton Manufacture & Édition a fait appel à l’orfévre-joaillier Jean Boggio, qui a dessiné les cartons d’un tapis de 180 cm de large sur 250 cm de long dans une série limitée à 20 exemplaires. Le nom de cette splendeur ? Pietra Dura, à l’image des pierres dures qu’il utilise dans son travail de joaillier. Un paradoxe de douceur de laine et de soie teintées à la main dans une gamme réduite de coloris, mais qui invite au voyage, à la rêverie, aux pas perdus fondus dans l’univers de l’artiste-artisan en suivant les méandres des lignes. Pour parfaire ce voyage, les variations subtiles des épaisseurs sont réalisées aussi à la main où chaque touffe de fibre est taillée, ciselée. Le regard se perd avec délice dans ce paysage. Le motif Pietra Dura a également été décliné sur moquette et tapis d’escalier.

Jean Boggio devant son oeuvre, Pietra Dura réalisée par Pinton Manufacture & Édition.

« Je revendique le côté artisanat. Mon moteur, c’est la passion, le savoir de la main. Je me suis arrêté en seconde. Cardin et Lapidus m’achètent un tableau, mais je suis vite retombé sur terre. » Ils lui conseillent de persévérer et de s’investir énormément. Conseils qui seront suivis à la lettre, puisqu’en 1984 à 21 ans le joaillier gemmelier orfèvre Jean Boggio s’installe à son compte à Lyon. Il signe ses premières pièces emblématiques : ses bagues « Palais » et ses boîtes « Jungle » qui attirent dans son univers des collectionneurs très fidèles. L’effet boule de neige et la rampe de lancement sera l’exposition « De main de Maître : les métiers d’art au Grand Palais à Paris » en 1988 où il expose ses bijoux. Les grandes maisons ont aimé son travail et l’ont sollicité pour que qu’il leur raconte leur marque. Il collabore ainsi avec Daum, Baccarat, Saint Louis, Raynaud, faïence de Niderviller, cristallerie de Portieux Longwy, Haviland, Les héritiers, Roux Marquiand… Il créera pour Bernard Loiseau une ligne d’orfèvrerie sur le thème des grenouilles et nénuphars et de la vaisselle pour l’hôtel Ritz. Dès 1990, il présente une ligne « Les Mille et une Nuits » au salon Maison & Objets dans le hall prestigieux Scènes d’Intérieur, qui a toujours été le rendez-vous haut de gamme des plus belles signatures de la décoration, mais aussi un espace d’expression pour les créateurs à forte personnalité, à la frontière de l’artisanat, de l’art et du design. Mais en France, on n’aime pas les touche-à-tout considérés injustement comme des dilettantes. C’est pour cela, qu’en 2005 les Wertheimer et Lesage lui donnent ce conseil : « Votre avenir, c’est la joaillerie. Il faut recapitaliser sur votre savoir-faire. » En 2008, l’exposition « Jean Boggio Voyage au pays des arts décoratifs 1988-2008 » commémore au Musée national Adrien Dubouché Cité de la céramique – Sèvres & Limoges son parcours artistique 20 ans après sa toute première exposition.

Laissons le mot de la fin à cet inénarrable conteur : « Mon travail est lié au symbolique, un travail permanent sur la religion en mélangeant tout ce que j’ai pu absorber depuis l’enfance, les voyages et la littérature aussi, Fernand Braudel par exemple. J’ai reçu une éducation mélangée des trois religions [ndlr Jean Boggio est né à Sidi Ali (Algérie) au nord d’Oran]. Je raconte avec mains tout ce que j’ai pu absorber de spiritualité croisée depuis l’enfance. J’essaie de raconter des histoires à la spiritualité et au respect de l’autre. Je suis un citoyen du monde et je défends la joie à tout crin. »

Pietra Dura est proposé au prix public de 5 887 €.

Jean Boggio voyage au pays des arts décoratifs 1988-2008. Ce catalogue a été édité à l’occasion de l’exposition Jean Boggio présentée au Musée national Adrien Dubouché Cité de la céramique – Sèvres & Limoges en 2008.

Entreprise du Patrimoine Vivant

Entreprise du Patrimoine Vivant

Mis en place en 2006, le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) est une marque de reconnaissance de l’État mise en place pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence. Ce label doit permettre la mise en avant de l’excellence de la fabrication française pour faire face à une concurrence internationale de plus en plus rude. Un produit est considéré comme fabriqué en France lorsqu’au moins 50% des coûts de revient de la fabrication sont réglés en France. Ce qui est très peu contraignant. Pour obtenir le label, il faut aller bien au-delà. Ses critères portent notamment sur la maîtrise de savoir-faire avancés, renommés ou traditionnels, en général associés à un terroir. Ils permettent de souligner nettement la haute valeur ajoutée d’une fabrication « made in France » aux yeux des acheteurs nationaux et internationaux.

Patrimoine-vivant.com

Ateliers Pinton

Pinton Manufacture & Édition

Depuis 1867, les ateliers Pinton réalisent tapis et tapisseries d’exception en basse lisse à Felletin au sud d’Aubusson dans la Creuse. Des artistes comme Calder, Delaunay, Le Corbusier, Enzo Cucchi, Joe Tilson, Etel Adman ont collaboré avec l’entreprise familiale fête cette année ses 150 ans. Les tapis et moquettes des ateliers Pinton sont fabriqués selon la technique artisanale du tuftage-main. Le canevas est tendu sur le cadre ; pas de chaîne ni de trame pour ce support sur lequel le motif à échelle est reporté à la main. L’implantation des fils est assurée manuellement par un pistolet sur l’envers du canevas. Quant au point noué permet une grande complexité de motifs et de couleurs. Chaque tapis est réalisé sur commande, à partir des archives des ateliers Pinton, ou sur des motifs spécifiques à un projet de décoration intérieure. Pinton Manufacture est dédié à la décoration de luxe et Pinton Éditions à l’art contemporain.

Ateliers Pinton
Show-room
71 rue du Cherche-Midi 75006 Paris
+33 (0)1 45 44 60 02

Ateliers
9 Rue Préville 23500 Felletin
+33 (0)5 55 66 55 42

Cité internationale de la Tapisserie

Cité internationale de la Tapisserie

En 1981, le musée départemental de la tapisserie d’Aubusson ouvre au sein du Centre Artistique et Culturel Jean Lurçat. En 2009, l’UNESCO a inscrit La tapisserie d’Aubusson sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. En 2010, la Cité internationale de la tapisserie est créée, le choix de l’emplacement, puis le concours d’architecture avant la construction du bâtiment qui sera livré en mars 2016 et enfin ouvert au public en juillet 2016. La cité abrite une collection de référence permettant de retracer cinq siècles et demi de production à Aubusson. Toutes les productions sont représentées : tapisseries murales, tapis d’Aubusson, tapis de haute-lisse, broderie sarrasine, tapisserie à l’aiguille, moquette mécanique… La Cité de la tapisserie a mis en place d’un Fonds régional pour la création de tapisseries contemporaines et participe à la relance de la création à Aubusson, notamment à travers un appel à projets qu’elle organise chaque année depuis 2010.

Cité internationale de la tapisserie
Rue Williams-Dumazet 23200 AUBUSSON
De septembre à juin 9h30-12h et 14h-18h. Fermé le mardi. Juillet et août 10h-18h. Sauf le mardi: 14h-18h.
Fermeture annuelle : mois de janvier.
Plein tarif 7 €

Photo : La Nef des tentures © Cité internationale de la tapisserie – Éric Roger.

Le « travail à quatre mains » d’Aubusson

Un métier de basse-lisse est un métier de à tisser dont la nappe de fils de chaîne est horizontale. Sur le métier de haute-lisse, la nappe de fils de chaîne est au contraire verticale. La chaîne désigne l’ensemble des fils tendus sur le métier à tisser. Traditionnellement en lin ou en laine, ces fils sont aujourd’hui en coton. Les fils de chaîne forment le soutien du tissu dans sa longueur. La trame désigne l’ensemble des fils placés dans le sens de la largeur et qui s’entrecroisent pour dessiner le motif de la tapisserie. En tapisserie, la trame est considérablement tassée et cache la chaîne. La question de l’interprétation et du dialogue entre le projet de l’artiste et le savoir-faire de l’artisan est au centre du propos. C’est le « travail à quatre mains » d’Aubusson.

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