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Plongeur céleste. © Alain Longeaud

Les photographies d’Alain Longeaud nous plongent dans un abîme de perplexité. Une perplexité qui plus que nous inviter aux voyages, nous enlève immédiatement pour nous transporter, nous téléporter, voyageurs ravis, dans un univers qui nous semble si familier, mais pourtant si étrange et si décalé. D’où vient cette étrangeté ? D’abord, les lieux choisis. Des espaces vides de présence humaine, des endroits où les constructions, les artefacts sont autant de traces, de preuves que l’homme est bien passé par là. Mais où est-il passé ? La dernière exposition du photographe, « Entre deux mondes », qu’on peut voir à la Galerie marie-robin 18 rue Montmorency (Paris 3e) pourrait donner une explication, si tant est qu’on cherche une explication. On peut y découvrir une oeuvre intitulée « Plongeur céleste » où un homme nu plonge dans l’espace étoilé d’une galaxie. Le photographe a remplacé l’eau plate et banale d’une piscine extérieure qu’on suppose faire partie d’une maison de vacances par un infini d’étoiles ; le ciel bleu devient un ciel de nuit étoilée. Tout est recomposé, tout est réel, rien n’est réel. Instantané d’un corps en suspension, qui n’appartient déjà plus à notre monde et pas encore à l’autre. Ce n’est pas le seul humain de l’exposition. Et encore, on le voit de dos. Un autre humain apparaît dans l’oeuvre « Nostalgie 1 », c’est un astronaute perdu dans l’espace en les fenêtres d’un salon et la planète bleue. Là aussi, pas de visage, le casque du voyageur de l’espace lui conférant toutes les identités possibles. Le voyageur, c’est nous, c’est le photographe. Un passeur. Alain Longeaud est un passeur d’univers, une sorte de Docteur Who, qui nous donne à voir notre monde d’un oeil différent. Naturellement, il y a un truc. Mais, même si techniquement, il serait intéressant de savoir comment s’est pris le photographe pour gommer telle ou telle présence humaine, tel ou tel objet pour participer à l’étrangeté de la scène, nous préférons ne rien savoir de ce trucage et conserver la magie. Le plus évident étant bien sûr la rencontre de ces galaxies de nuit éternelle étoilée. Mais le diable se loge dans les détails. L’artiste se plait à nous tromper et s’amuse de nos interprétations, chacun tentant de retrouver le lieu de la photographie avant son passage. N’hésitez pas à passer la porte et à embarquer dans cet univers.

Galerie Marie-Robin,18 rue de Montmorency, 75003 Paris
du 4 au 30 novembre
Dans cette exposition, Alain Longeaud propose 9 oeuvres en tirage pigmentaire limité (de 5 à 8 exemplaires selon l’oeuvre). Le catalogue signé en édition limitée à 150 exemplaires est disponible au prix de 35 euros.


Alain Longeaud expose depuis 2005 à Paris (Mois de la photo en sélection officielle, Grand Palais, Galerie Éphémère, etc) en France (Transphotographiques, Lille etc) et à l’étranger (The Cat Street Gallery, Signal 8 Summer Show, Hong Kong ; Carpenter’s Workshop Gallery, Londres ; Galerie Silvia Weibel, Verbier, Suisse). Après des études de mathématiques, la vie lui fait rencontrer Helmut Newton. Il sera son assistant pendant deux ans. Cette aventure newtoniènne marquante lui permet de choisir une technique plutôt qu’une autre. Il sera aussi influencé par le travail de Bill Brandt et Ralph Gibson. Aujourd’hui, il travaille avec le négatif couleur qui lui laisse un champ d’interprétation infini. Le photographe aime citer Gerhard Richter : « Je n’obéis à aucune intention, à aucun système, à aucune tendance ; je n’ai ni programme, ni style, ni prétention. J’aime l’incertitude, l’infini et l’insécurité permanente. »